Le haut potentiel intellectuel : définition et identification

La notion de haut potentiel intellectuel (ou de douance) fait référence à des capacités cognitives nettement supérieures à la moyenne. Il s’agit d’un concept relativement flou, difficile à opérationnaliser.

Un concept flou…

Haut potentielEn effet, quel degré de différence choisi-t-on de qualifier de “nettement supérieur” ? Et surtout, quelles capacités cognitives prend-on en compte et comment les évalue-t-on ?

Actuellement, la solution généralement retenue consiste à utiliser un test qui couvre un ensemble conséquent d’aptitudes cognitives, comme les échelles de Wechsler, et à qualifier de haut potentiel intellectuel des performances supérieures à un seuil de QI donné, généralement 130.

Ce seuil de 130 est choisi sur une base purement mathématique (2 écarts-types au-dessus de la moyenne), qui correspond à une raréfaction importante du nombre de personnes atteignant ce niveau (2,3% de la population, 1 personne sur 44). Il peut être différent selon l’objectif de l’identification : si l’on souhaite par exemple retenir les 5% de personnes les plus performantes pour un programme éducatif, on prendra un seuil de 125.
Le seuil est choisi librement, car il n’a pas de base ou de justification biologique ou cérébrale. Il ne se passe rien de particulier quand le QI passe de 129 à 131.

En effet, nous ne disposons pas à ce jour d’éléments scientifiques permettant d’affirmer l’existence d’une catégorie de personnes possédant un fonctionnement cérébral ou cognitif fondamentalement différent1, résultant en des performances cognitives supérieures. Il ne semble pas exister de rupture qualitative nette sur le continuum de l’efficience cognitive, ce d’autant moins que l’intelligence n’est pas unidimensionnelle. En conséquence, la catégorie “surdoué” ou “à haut potentiel intellectuel” n’est pas une catégorie naturelle. C’est une catégorie que nous choisissons de créer pour désigner un écart d’efficience cognitive particulièrement important. Sa définition opérationnelle dépend de l’usage que l’on souhaite en faire.

Par ailleurs, le choix d’une définition par un niveau général d’efficience (le QI) se heurte à une autre difficulté, celle du caractère multidimensionnel de l’intelligence, de la multitude des fonctions cognitives qui la sous-tendent. Se pose alors la question du choix des capacités cognitives à prendre en compte et du poids relatif à accorder à chacune dans le calcul d’un estimateur global. L’étude des aptitudes cognitives a progressivement permis d’affiner ce choix, et de le baser sur des données scientifiquement fondées. Il reste cependant une part de compromis, dans les tests actuels, entre des critères théoriques et des contraintes pratiques d’utilisation des tests.

Au-delà, on conçoit aisément que la notion de haut potentiel fasse aussi sens au niveau de chaque domaine de compétence : une personne peut être particulièrement douée dans un domaine donné, et présenter un niveau plus standard dans d’autres domaines. On peut alors parler de zones de haut potentiel, et bien sûr étendre ce principe à tout type de capacité, intellectuelle ou autre.

… Néanmoins utile pour l’individu

Malgré les limites de la notion de haut potentiel intellectuel évoquées ci-dessus, celle-ci garde tout son intérêt pour informer un individu de ses particularités.

En effet, plus on s’éloigne des performances standard, c’est-à-dire de la majorité de la population, plus la différence de fonctionnement cognitif peut se faire sentir au quotidien et dans les interactions avec les pairs. Les particularités du fonctionnement cognitif et l’écart avec la majorité de la population peuvent donc avoir des conséquences sur le vécu, sur les ressentis… conséquences partagées par une partie des personnes présentant les mêmes caractéristiques cognitives.

En l’absence d’identification, les ressentis, les comportements et les éventuelles difficultés rencontrées du fait du décalage ou des capacités cognitives peuvent de plus être mal interprétées, ou attribuées à tort à d’autres causes. Ce qui est tout à fait “normal” et sain pour un surdoué (par exemple, les questionnements, l’importance de la réflexion, le foisonnement d’idées variées…) peut sembler excessif voire pathologique si l’on pense que la personne a un fonctionnement cognitif classique.

Les signes d’identification

Du fait de sa définition liée aux capacités cognitives, l’identification du haut potentiel se fait logiquement par l’influence de ces capacités sur le comportement de la personne : performances particulières (objectivables par des tests) et, par extension, attitudes face aux apprentissages ou face aux activités intellectuelles en général. Cependant, une personne peut posséder des capacités élevées, qui pour diverses raisons ne se traduisent pas par des performances ou des intérêts particuliers.

Afin d’orienter l’identification du haut potentiel chez les enfants, le psychologue Jean-Charles Terrassier a proposé un inventaire de comportements, issu de sa pratique2. On y retrouve essentiellement des caractéristiques ou comportements résultant directement des capacités cognitives et de leur avance par rapport aux pairs, comme un apprentissage rapide de la lecture, une préférence pour des camarades plus âgés et pour l’autonomie, de bons résultats scolaires, des réflexions perspicaces, un intérêt pour la connaissance avec une curiosité pour des domaines variés, et un attrait pour la complexité. L’inventaire propose aussi quelques indices dont le lien avec l’intelligence semble moins évident, comme l’intolérance à l’injustice et le sens de l’humour.

Ce type d’inventaire de signes peut être utile pour envisager un haut potentiel intellectuel chez une personne. Il n’a cependant pas fait l’objet d’une validation scientifique : nous ne savons pas quel pourcentage d’enfants à haut potentiel il identifie correctement, ni quel est le taux de faux positifs et de faux négatifs. Cette approche est donc à utiliser avec prudence, comme une première étape pouvant conduire à creuser la question avec un professionnel, qui pourra proposer une évaluation standardisée des capacités cognitives.

Les apports d’un test d’aptitudes cognitives

Un test d’aptitudes cognitives permet la mise en évidence, l’objectivation, d’un fonctionnement nettement plus performant que la moyenne, qu’il concerne un ou plusieurs domaines.

Lorsque les scores sont très élevés dans suffisamment de domaines, on peut conclure à une différence globale et parler aisément de haut potentiel intellectuel.

Lorsque les scores sont répartis de façon plus différenciée, avec des scores très performants et d’autres plus standard, on peut se poser la question de l’origine de ces différences :

  • Certaines performances sont-elles minorées en raison d’un trouble (ex TDAH, dyslexie, dépression…) ou de circonstances défavorables (fatigue, forte anxiété…) ? Les éléments non chiffrés (anamnèse, état et ressentis pendant la passation, stratégies de résolution, modes de réponse, type d’erreurs, difficultés rencontrées…) peuvent éclairer à ce sujet, donner des pistes. D’autres investigations peuvent alors s’avérer utiles.
  • La personne présente-t-elle simplement un profil naturellement différencié, avec de très bonnes notes dans un ou des domaines de prédilection, particulièrement investis, contrastant avec un fonctionnement cognitif plus standard dans d’autres domaines ? Le test permet alors l’identification des forces, des compétences sur lesquelles s’appuyer, et explique tout de même les décalages ressentis.

Dans tous les cas, le test doit être conçu comme un moyen d’en apprendre plus sur ses caractéristiques cognitives, et non comme devant délivrer un diagnostic catégoriel : « surdoué ou pas ».

Quid des caractéristiques associées au HPI ?

Ces dernières années, plusieurs livres et articles à destination du grand public ont avancé l’idée que les surdoués posséderaient, en plus de leurs capacités cognitives particulières, plusieurs caractéristiques physiologiques ou psycho-affectives.  Sont par exemple citées l’hyperesthésie (sens particulièrement sensibles), une émotivité accrue, une tendance anxieuse, une fragilité psychique, le perfectionnisme, l’ennui, etc.

De telles caractéristiques ne sont à ce jour pas confirmées par la recherche scientifique, voire infirmées pour certaines (anxiété par exemple)3. Il n’est donc pas pertinent de les utiliser comme critères d’identification du haut potentiel intellectuel.

Cela n’empêche bien évidemment pas les psychologues de prendre en compte toutes les facettes des personnes reçues en consultation, de faire parfois l’hypothèse d’un lien entre des difficultés rencontrées et le haut potentiel intellectuel, et d’utiliser cet éclairage pour répondre aux besoins des individus.


  1. Mais il existe bien évidemment des bases neurales aux différences interindividuelles de performance cognitives. Pour plus d’informations à ce sujet, voir par exemple le chapitre 2 du livre « Les surdoués ordinaires », de Nicolas Gauvrit.
  2. Terrassier, J.-C. (1981/2016). Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante. ESF éditeur.
  3. Voir par exemple « Les surdoués ordinaires » de Nicolas Gauvrit, ou « Le haut potentiel en questions » de Catherine Cuche et Sophie Brasseur